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samedi 27 juin 2026

La papillon - Un poème de Lamartine sur le désir avec en écho une vision de la consécration spirituelle du désir par Sri Aurobindo

 


 

Le papillon

 Naître avec le printemps, mourir avec les roses,
Sur l’aile du zéphyr nager dans un ciel pur,
Balancé sur le sein des fleurs à peine écloses,
S’enivrer de parfums, de lumière et d’azur,
Secouant, jeune encor, la poudre de ses ailes,
S’envoler comme un souffle aux voûtes éternelles,
Voilà du papillon le destin enchanté
!
Il ressemble au désir, qui jamais ne se pose,
Et sans se satisfaire, effleurant toute chose,
Retourne enfin au ciel chercher la volupté !

Alphonse de Lamartine, Nouvelles méditations poétiques

 

 Un texte en écho : 

À notre effort d’ascension, l’élément inférieur de désir viendra naturellement se mêler au début. Car ce que la volonté éclairée voit comme la chose à faire et poursuit comme le sommet à conquérir, ce que le cœur embrasse comme la seule chose digne d’être aimée, sera recherché avec la trouble passion du désir égoïste par la partie de notre être qui se sent limitée et contredite, et qui, parce qu’elle est limitée, désire et lutte avec acharnement. Cette force de vie insatiable, cette âme de désir en nous, doit tout d’abord être acceptée, mais seulement pour que nous puissions la transformer. Dès le commencement, il faut lui apprendre à renoncer à tous les autres désirs pour se concentrer sur la passion pour le Divin. Une fois acquise cette chose capitale, il faut lui apprendre à désirer, non pour elle-même séparément, mais pour Dieu dans le monde et pour le Divin en nous-mêmes ; elle ne doit se fixer sur aucun gain spirituel personnel, encore que nous soyons assurés de tous les gains spirituels possibles, mais sur la grande œuvre à accomplir en nous et dans les autres, sur l’avènement de la haute manifestation qui sera le glorieux accomplissement du Divin dans le monde, sur la Vérité qui doit être recherchée, vécue et rendue souveraine pour toujours. Finalement, et c’est le plus difficile pour l’âme de désir, plus difficile même que de chercher avec le vrai motif, il faut lui apprendre à chercher de la vraie manière ; car elle doit apprendre à désirer, non plus à sa manière égoïste mais à la manière du Divin. Elle ne doit plus insister sur son propre mode de réalisation, son propre rêve de possession, sa propre idée de ce qui est juste et désirable, comme y insiste toujours une forte volonté séparatiste ; elle doit aspirer à accomplir une Volonté plus large et plus grande, et consentir à s’en remettre à une direction moins intéressée et moins ignorante. Ainsi éduqué, le Désir, ce grand tourmenteur qui sans repos nous poursuit et qui est cause de tant de faux pas, sera prêt à être transformé en son équivalent divin. Car le désir et la passion ont aussi leurs formes divines ; il y a une pure extase dans la quête de l’âme pour dépasser tout appétit et tout chagrin ; il y a une Volonté d’Ânanda qui trouve sa gloire dans la possession des suprêmes béatitudes.",
 

Sri Aurobindo, La synthèse des yogas, Le Yoga des œuvres divines, 2 - La consécration de soi, p.102