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mercredi 2 décembre 2009


ASPIRATION 2.



Reliés en leur axe sérénissime
Le tout et le rien dessinent
En leur sein les contours du monde

La fenêtre danse sur la montagne
Les murs ont le tournis
La montagne danse dans la fenêtre


Au centre du ballet
L'aspiration en moi
Plus moi que moi-même
S'entrevoit
Comme la flamme divine qui vacille discrète
Au fond de la grotte qui s'étire
Derrière le disque du coeur

samedi 15 août 2009


ASPIRATION 1.


Reprends toi rage poétique !
Quête un verbe qui vibre espace !

Laisse là les mots impuissants
Qui s'engendrent mécaniquement
Les uns derrière les autres !

Reviens à l'indicible foisonnement du miroitement des eaux
Qui inspire dans l'évidence de l'instant
Le rythme d'échos d'éclats d'or lumineux !


Ta verve défiera-t-elle
Du regard le cercle rougeoyant
Au dessus de l'océan ?

Son aspiration déchirera-t-elle la seconde inessentielle
Où dans l'oubli des cieux
On s'envisage ?


Son verbe surgira-t-il éclair invisible
Aux multiples réverbérations sonores
Dévisageant ainsi l'espace d'origine ?

jeudi 9 avril 2009


DEVOTION 4.


La simplicité suppliciée
Dans la multitude mordorée
L'ego dézingué par l'offre et la demande
Les yeux égarés par des rêves d'avoir
Un corps bouleversé
Dès que par un rien
L'astre promis se retire
Frustré du possible faute de fric
La main dans le sac du voisin le cœur en berge
Les amours barges
Les fuites chimiques
L'horreur s'épuise d'elle-même
Elle dévore ses enfants
Bourreaux victimes indistingués

La misère nous met en terre
Qui peut bien dévorer ses enfants
En leur proposant ces masques d'horreur ?

Une ignorance animale débridée ensorcelle
Mais où est l’œil de la science qui efface
Ces masques endossés ?

Regardons nos regards en silence
Quel est cet accueil extrême ?
Une simplicité suppliciée attendait
L’œil compatissant d'un Dieu Père
Dans l’œil ignoré de ses enfants


Pourtant
Dans l’œil du Père
Les élans démoniaques reprennent leur place là-bas
L'enfant voit la porte du royaume des cieux toute grande ouverte sur terre

Malgré tout
Cet enfant reste boiteux
Il avance
Un pied déjà au paradis
un autre encore entiché de ses amours infernales

Alors qu'attend cette enfance miséreuse pour retirer cet autre pied ?
Où est sa crainte amoureuse de la Mère
Pour qu'elle retire les poussières qui traînent dans l’œil du Père ?
Il lui faut tremblant le désir d'une épreuve d'amour pour en guérir

Ô altesses profondes
Donnez nous la prière qui va droit à vos cœurs par nos cœurs

Plus de mots
Douce Mère
Tends nous la coupe et plonges-y nos lèvres
nous la boirons
Acide amère ou sucrée
trop ou trop peu
Forces nous à boire
Ta coupe du présent
Nous célébrerons avec Toi
L'office de chaque instant pour le Père


Ton amour infini tranchera l'arrière goût égocentrique
Le grain sera brisé et broyé
En un sacrifice conscient
Tu nous guériras enfin de nos enfers

Nos amours du drame
Nos relents boiteux du faux moi
Ne couvriront plus le silence de l'épopée
Où il n'est que Toi qui revient à Toi
En brûlant de Joie dans le silence du Père

vendredi 3 avril 2009


DEVOTION 3.


OK OK
La grâce est décidément la seule qui sait faire

La pauvreté conduit à la beauté
Quand le besoin d'être n'a plus de limite
Le génie érotique alors s'agite
Et sa plénitude insatisfaite conduit
Sur la terre des manières d'amour inédites

Tu te balades dans la conscience nue
Le cœur en flamme
Les traits printaniers de l'immense fécondité
S'étendent de tout côté

Ton corps avance dans l'immobilité
Les nuances des jaunes floraux bruissent des pans de verts
La sensualité célèbre le retour tranquille à la splendeur de l'espace

La vie en liesse chante en bas
Une jeune fille a élevé de là ton âme dans la conscience nue
Tu ignorais à ce point l'élévation de l'amour
La grâce de la Vierge Mère a assigné à ton désir la beauté pure

Tu es cela fils de Dieu
Tu es tout OUVERT
Et le sacré cœur igné où tu demeures
Regarde le regard
Jusqu'à s'enivrer


Enfile enfile ces perles sonores sur le fil silencieux du jour
Et remets en le collier à la Reine
Qui te l'inspire

L'inaperçu de la pensée s'est laissé voir en un vol de ridules colorées
Avant qu'elles ne se susurrent des mots involontaires
La grâce y écrase les anges déchus parasites
Leurs traces grisâtres s'évanouissent
Lumières

Sur le palier de la transparence entre les oreilles
Deux lignes de pétillements frémissent d'une légère brise marine
Ramenant sans arrêt à l'océan tranquille de la conscience nue

Tu es le tout OUVERT
T'insuffle la Déesse
Ton âme
Même
D'amour foudroyée
restera apaisée

Maintenant
Laisse toi faire !

samedi 28 mars 2009


DEVOTION 2.



Je n'en ai que faire
Je veux chanter pour ce qui chante
Je ne veux que la joie
Je veux ouvrir sa porte
Où brille sa flamme
Depuis l'aurore du monde

Je veux je veux cela
Et même si j'en meurs
comme la phalène roussie sur la lampe

Vers le cœur
J'ai des linéaments des éclatements de joie
Mais je veux me tenir là plus près
dans le concentré de feu
Dans l'abîme de joie paisible
Exhaussé
En toute tranquillité extatique

Je viens moi de reflet en reflet sur la flaque de pensée
Je suis une ridule passagère
Un beau rêve imaginaire
Qui tient à s'évaporer dans la joie
D'un vrai soi

Toi Toi
Agneau igné
Au centre du monde
Tirant
Par les fils de la terre
L'amour de la Mère
Et les secrets créateurs du Père
Ressuscite moi


DEVOTION 1.


L'incurie
Se brise sur les rochers
Au point du jour
Il s'agit de
Se prendre les mains
Dans les mains
L’œil brillant
Tout au fond
Une flamme inextinguible
Se dressera sans cesse
Brûlant ce qui égarait
Au grand jour
Du moi mort et ressuscité

dimanche 25 novembre 2007


POEMES DU CORPS DE LA TERRE. 5.




Un carré de ciel suspendu
sous lequel se courbent les tours penchées
sur le blanc de l’œil lucarne allongé en corps sur le banc
Les nuages passent
Étirant le regard jusqu'aux étoiles
Jusqu'où jaillit la poésie d'un silence infini
Jusqu'où l'invisible devant rejoint dans sa sphère l'invisible derrière




samedi 24 novembre 2007


DIVINES TRACES.



J'avais tout quitté pour suivre Jésus-Christ. De pérégrinations en pérégrinations, j'avais atteint une région où de nombreux villages gisaient à l'abandon. J'en choisis un et m'y installai grâce au soutien d'un vieux prêtre qui habitait à 5 ou 6 km. Ce prêtre devint rapidement mon ami et en quelque sorte mon conseiller spirituel.
Je vivais ainsi entre quelques rares amis, mon travail manuel, l'écriture et le difficile combat de la prière.
Dieu, s'il existe, lança alors un météore dans mes eaux opaques. Un matin, je relevai d'un fossé une jeune femme juste un peu plus jeune que moi sans doute, tombée là, sans connaissance, épuisée, affamée. Je l'aidai à marcher jusque chez moi. Là, je l'allongeai sur mon lit. Je lui apportais à manger. Je pris garde à ne rien lui demander pour éviter de la brusquer. Sa faiblesse me dictait la douceur. Relevant la tête, elle me dit son prénom et s'enquît du mien : « Moi, c'est Sylvia, et toi ? ».
Je lui répondit doucement: « Jérôme... ». Elle mangea de nouveau. Avidement. Sur le seuil de la chambre, je l'invitai à dormir. Elle ne se réveilla que le lendemain matin. J'eus moi aussi un sommeil profond et serein cette nuit-là.
Mon vieil ami m'avait pourtant mis en garde contre ce type de situation quand on veut vivre un célibat. Comment ne pas exclure la possibilité de s'éprendre de celle avec on se retrouve seul à seul ? Surtout lorsqu’on n’a pas acquis une certaine maîtrise de soi.
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Elle était partie depuis trois jours, me laissant son adresse. Le désir m'avait travaillé de toute part. J'étais comme terrassé. Heureux qu'elle parte en un sens afin d'éviter tout geste impulsif que plus tard je regretterais. En même temps malheureux de n'avoir pu trouver la force de lui confier mon désir. Mais pouvait-elle accepter un tel désir alors que sa faiblesse, sa blessure intérieure exigeaient un amour désintéressé, sans arrière-pensée.
Elle était partie. Je la désirais follement. Qui me donnait la force de prier, déchiré que j'étais, jamais je n'avais désiré une femme à ce point...
" Mon Dieu, mon Dieu, disais-je alors, viens à mon aide, à mon secours, dis-moi quelle est ta volonté, dois-je lui dire mon amour ? Dois-je lutter contre mon désir ? ".
C'était un chassé croisé intérieur entre la prière et les comportements aberrants du désir... Je priais et ne pouvais pas ne pas porter mon regard et même chercher les traces de son passage. Son odeur, surtout son odeur. J'adorais littéralement son odeur. Dans mon lit que je retrouvais, je couchais dans les draps où elle avait dormi, et subsistait son odeur... Il y avait surtout un T-shirt, un vulgaire T-shirt marron clair qu'elle avait oublié... Il portait son odeur encore plus intensément. Je le humais. J'avalais cette odeur. Forte, douce, un peu sinueuse mais ample et combien douce.
Elle avait laissé un paquet de chewing-gum à peine entamé. J'ai les ai consommé un à un avec délectation et souffrance. Ruminant ces plaques vertes et sucrées au fort goût de menthe au début comme le désir lui-même me ruminait. Je mâchais lentement, goûtant leur fraîcheur, cherchant cette fraîcheur qu'ils auraient eu dans sa bouche. J'ai beaucoup différé leur consommation. J'étais parcimonieux. Je ne cédais que lorsque la blessure du désir ne devenait trop intense se condensant en un sentiment d'annihilation, d'arrachement... Ruminer ces chewing-gums, c'était revoir l'objet de mon désir non plus ne subir que sa seule intensité. Au d‚but, j'eus beaucoup de difficultés à pleurer. J'ai épousé le cri des psaumes, le cri du serviteur, la bouche guettée par la montée des eaux boueuses, menacé par la fosse d'où on ne revient pas, où l'âme, la vie se dissipe en se répandant hors du corps us‚ et meurtri, mort... C'est en prière que les pleurs ont abondé, roulant sur mes joues.
Elle m'avait laissé une adresse. J'ai écrit. Je lui ai dit simplement mon désir. J'ai essayé de lui dire la place de ce désir dans ma quête spirituelle.
Les jours se passaient. Pas de réponse. De temps à autre, je trouvai un de ses cheveux roux. Je l'étirais lentement entre mes doigts, et sa finesse me menait dans un abîme de circonspection : mon désir tenait à un cheveux. Je trouvai encore une bouteille de shampoing pour ainsi dire vide dans un tiroir de la salle d'eau. Cette bouteille vide témoignait contre moi: pourquoi cherchais-je des traces d'elle, alors qu'elle seule importait ? N'étais-je pas en pleine perversion sexuelle ? Je décidai de lui envoyer son T-shirt accompagné d'une seconde lettre. Je me débarrassais de la bouteille, j'achevai à la hâte le paquet de chewing-gum...
Je me confiai à mon ami, mon conseiller spirituel. J'avais contre toute prudence accueilli une femme chez moi et m'en étais épris. Je lui comptais ma démarche épistolaire. Quant à mes choix de vie, il ne me prescrit rien. Il me posa des questions. M'obligeant à explorer le non-dit, le non encore exposé au jour. Grâce à ces entretiens, j'arrivai à quelques conclusions. Après tout, s'éprendre d'une femme pour la première fois dans sa vie était signe d'une certaine maturation affective. Mon désir s'était malgré tout relativement humanisé : je liai bien en partie sexualité et communication, mes infractions à la continence ne traduisaient pas une dérive perverse. Dans l'immédiat, je n'avais pas de décision à prendre. Étant donné mon geste, je devais attendre la réaction de Sylvia. Mais ce qui importait par dessus tout était le projet de Dieu pour elle d'une part et pour moi de l'autre. Je ne devais pas chercher à la rejoindre, l'obliger. Il me fallait aussi rejeter toute idée de séduction, refuser d'emprunter un rôle pour la conquérir. A la séduction, je devais préférer la transparence quant à mes opacités, dussé-je la perdre. Seule une femme qui m'aimerait tel que je suis, méritait d'être aimée.
Le désir persistait. Douloureux. Non pas une souffrance destructrice, une souffrance qui ronge mais une souffrance qui met à nu. Un douloureux dénuement.
Chaque jour, je guettais un signe d'elle. J'attendais sa lettre. Je parcourais chaque fin de matinée les 200 mètres qui me séparaient de la boîte aux lettres. Je m'efforçais de marcher lentement. Sur le chemin, il y avait les traces de mes pas de la veille ainsi que celles de ma bicyclette. Et ces traces éveillaient en moi l'espérance de voir celles laissées par la voiture du facteur. Traces qui annonceraient du courrier avant même que je n'ouvre ma boîte aux lettres. Combien de fois, à mes traces ont fait place celle du facteur, du courrier dans la boîte sans que pourtant j'y trouve cette lettre, la lettre de Sylvia. En vain il m'est arrivé de déchirer des enveloppes espérant trouver sa lettre derrière une adresse non rédigée de sa main. J'allai oublier cette empreinte de son passage : son adresse rédigée de sa main sur la couverture d'un de mes nombreux carnets. Ecriture, trace de son âme dont je connaissais les lettres fragiles, blessées sachant à peine où se poser mais secrètement habitées de vie, décidées. Adresse qui faisait écho au contenu de mes carnets, où j'avais tenu un journal de la montée de mon désir, et surtout de ses gestes, de ses paroles... Adresse qui faisait écho à Sylvia même. Je répétais Sylvia, détachant chaque lettre dans ma bouche comme si elle aurait à répondre à l'appel de son prénom.
Un matin, je trouvai dans mon courrier une enveloppe avec son écriture et mon adresse. La lettre. Sa lettre. Je la portai chez moi, fébrile, les mains moites. Là seulement je l'ouvrai sans plus réfléchir.
« Jérôme,
Excuse-moi d'avoir tant tardé à te répondre. J'étais bouleversée, ne savais comment te dire ce que j'éprouvais, quels mots employer... Je t'ai beaucoup dit à propos de mon mal de vivre, de mes difficultés pour trouver des racines, un sol... Je ne t'ai pas parlé de cet amour malheureux... De cette main que j'ai tendu et qui n'a rencontré que du vide... Tu es mon ami, j'espère que tu le resteras. Mais comprends-moi, mon cœur est tout entier à cette étoile morte, il est prisonnier de sa nuit. Je ne peux te laisser de fausses espérances. Grâce à toi, j'ai su que je guérirai, mais cette guérison demandera du temps. Beaucoup de temps. Je ne peux te laisser espérer ce qui n'adviendra pas.
Tu es mon ami. Je t'aime comme un frère.
Sylvia. »
Ayant lu puis relu la lettre, je ris et je pleurai. J'étais son ami, mais elle n'éprouvait aucun désir pour moi et rien ne laissait penser qu'elle en éprouverait. J'ai parcouru cette lettre en tout sens. Combien de fois, ai-je voulu voir dans sa déclaration d'amitié un amour qui n'osait pas se dire par respect pour l'ancien amour. Mais la raison, la rigueur d'interprétation me reconduisait à cette dure vérité : elle ne m'aimait pas.
J'étais de nouveau seul face à mon désir.
J'ai encore pleuré. Je tombais à terre, étendu de tout mon long, prostré, les larmes glissaient, j'appelais Dieu à l'aide.
De nouveau, je me rendis chez mon ami. Je lui décris le pitoyable de ma situation. Il me raconta comment une femme avait surgi alors qu'il se préparait au sacerdoce. Ils s'étaient aimés. Mais Dieu les avait conduit à s'aimer par delà la chair, leur avait indiqué à chacun un chemin distinct. Où trouvai-je assez de calme et de retenue pour ne pas pleurer devant lui ? Peut-être parce que je n'avais aucune complaisance dans la douleur. J'espérais, j'attendais qu'elle disparaisse en m'abandonnant entre les mains de Dieu. C'est là que je compris l'étrange opportunité que m'offrait mon amour malheureux : moi qui avais cherché en vain cet abandon par tant de moyens, ne parvenant jamais à éluder ma volonté, cet événement me laissait sans volonté, blessée qu'elle était en sa racine, entre les mains de Dieu.
Aveuglé par mon désir, j'avais cherché les traces du passage de Sylvia dans ma demeure. Et au détour de ce désir blessé, car insatisfait, jaillissait la marque de Dieu. Le désir avait érodé ma chair tant et si bien qu'il me semblait sentir affleurer mon corps spirituel. J'allais le cœur à l'air... un lourd fardeau sur le dos que Dieu m'aidait à porter.
J'ai connu les intermittences du cœur. Surtout lorsque un souvenir ou une nouvelle de Sylvia paraissaient dans toute leur fraîcheur. J'espérai encore. En même temps, j'avais peur : n'était-il pas trop tard ? N'avait-elle pas déjà rencontré l'homme de sa vie ? Pouvait-elle comprendre mon attitude étrange faite d'audaces et de retraits, et même de silence ? Ne demeurait-elle pas étrangère à ma quête spirituelle ?
D'ailleurs, j'utilisais ce dernier point comme levier pour séparer elle et mon désir. Si jamais j'épousais une femme, si accomplir la volonté de Dieu consistait pour moi à épouser une femme, celle-ci serait capable d'entendre et voir de soutenir ma quête. Ce serait une femme éprise de Dieu. Une femme que j'encouragerais et qui m'encouragerait dans la foi. Non, il ne s'agissait pas de Sylvia.
Pourtant aux accalmies durant lesquelles le désir semblait s'être retiré succédait cet effroyable retour de flamme. Sylvia me paraissait la compagne idéale. Je ne voyais pas ce qui nous séparait : j'alléguais sa droiture morale, son abnégation, sa douceur. Bien entendu, l'aura de son corps, de son visage me broyait sourdement.
Alors que le désir me déchirait fibre par fibre en un instant pourtant comme une feuille de papier, je m'enracinais davantage dans la prière. Je pratiquais avec plus de constance l'oraison. Par ailleurs, j'écrivais beaucoup.
Un matin, je me réveillai, j'eus le sentiment que mon désir était comme exténué. Surpris, je le cherchai en moi. En vain.
Ma prière pendant plusieurs jours m'absorba. Dieu était là. Je voulais faire un bout de chemin avec lui... La douleur due à mon désir et mon désir lui-même avait disparu, toute volonté propre aussi. Ne demeurait que ma disposition à la volonté de Dieu : « Ta volonté, seulement ta volonté... ». Seul importait sa volonté, son désir de me voir heureux, autrement dit mon chemin de vie et de croissance, mon désir le plus profond ... Et je sus...
Moi qui venais de lutter contre mon désir, de subir sa blessure, j'étais sûr que Dieu m'intimait de quitter ma retraite, de le suivre dans le monde, pour y rencontrer une compagne et témoigner de lui, annoncer sa parole grâce à l'écriture.
Où Dieu me menait-il ? Ma vie avait-elle un sens ? Mais si c'était là sa volonté.
Je vérifiai mon intuition dans la prière et auprès de mon conseiller spirituel. Je m'étonnai encore : Où me conduisait Dieu ? Il s'agissait d'être disponible et surtout de vivre et de croître ...
Mon désir de Sylvia n'était pas mort. Il suffisait d'un peu de remue-ménage, de l'agitation nécessaire … un petit courant d'air pour le brandon s'embrase et ne me brûle. Mais j'avais confiance en Dieu. Il saurait éteindre ce désir. Si c'était sa volonté, bientôt viendrait celle qui marcherait à mes côtés...

POEMES DU CORPS DE LA TERRE. 4.


Il y a sur le bleu de l'âme
Un drapeau noir
N'allons pas plus loin
Sur nos trottoirs d'infortune

Laissons
Nos petites cellules
Parler d'une autre langue
D'une autre intelligence
Enfilons ce scaphandre intérieur

Désintéressons nous
Des images en logorrhée
Bues à nos fentes de cornée
Rivées aux vitrines électroniques

Bien sûr toutes ces déclarations traînent là
Dans la boutique de nos rêves
Mais déjà il y a déjà ces coïncidences
Qui insistent


samedi 17 novembre 2007


POEMES DU CORPS DE LA TERRE. 3.

Dans le temple divin
De mon œil ouvert
A ton silence premier
Je ne perçois pas ce soir la chaleur
Et la flamme princière

Le cœur fissible
Et ce cri en pure perte
Je n'attends même plus l'inexorable

Le glaive planté
N'a plus qu'à s'enfoncer
Dans l'hébétude
De ma dissolution

Où est le trait d'éternité
Qui se clame moi et Toi ?

J'ai bu à la fontaine du cœur
Androgyne
Et une musique s'étire sur les
Ombres passées

Je ne te laisserai plus partir
Me souffle la douceur

La tendre blessure
Panse les plaies
De tout mon corps transporté

Sous la furie des coups
L'ignorance aura toujours frappé l'innocence

Mais seule l'innocence pouvait tirer
Le glaive et opérer la tumeur haineuse

Je n'ai pas chanté mon cœur
A satiété
Je n'ai pas dit la merveille discrète
Qui m'embrase en silence
Je n'ai pas dit l'amour indicible
Et tranquille qui ne renonce jamais
A l'espace sensible

Il est entré dans mon âme
Et mon âme est une femme
Qui s'était perdue dans les violences enfantines

Enfin
Ciel et
Terre
Toi
Moi plus que moi


VANITE DES VANITES


Je me suis décidé ainsi. Les mots sont vains mais je les dis. Ils viennent du silence. Je suis celui qui a écrit. Je suis aussi celui qui lit. Je suis maintenant avec toutes mes histoires. Ici je suis autrement, je suis cette histoire. Je suis. Rien en dehors de moi. Tout vient de moi et se révèle dans mon récit. J’en suis tous les êtres.
L’homme descendait le village. Il avait les signes du consacré. Mais les signes s’ajoutaient habituellement à de riches ornements ainsi qu’à un disciple ou deux qui le servaient et l’accompagnaient. N’eussent été les signes, on l’aurait confondu avec l’un de ces miséreux errant de village en village offrant le travail de leurs bras en échange d’un repas et d’un gîte. Il fit le tour du village égrenant un chapelet. Il se hissa sur le rocher qui bordait la voie principale. Il entonna un chant aux dieux :
Ouvrez vos oreilles
Ouvrez vos heures
Les regards éternels
N’ont pas soif de vos labeurs
Mais de vos prières…
Son chant était limpide et cristallin. Les mères laissaient leurs filles s’approcher. Qu’y avait-il à craindre d’un consacré ? Beauté et sainteté, tel était son chant. Quand plusieurs familles l’entourèrent, il les entraîna dans un chant de louange connu de tous. Il acheva la prière en les bénissant. Certains voulaient l’inviter chez eux, il déclina leur offre. D’autres l’empressaient de recevoir leurs offrandes, il les repoussait, « donnez aux miséreux », disait-il. Il se retira du village en les bénissant encore. Eux venaient de voir un saint homme comme ils n’en avaient pas vu ou entendu parler depuis longtemps. Les consacrés ont de belles robes, ils ne repoussent jamais l’argent qu’on leur tend. Leurs prières ont un coût, même si pour les morts cela coûte moins que pour les malades.
Il revint. Il chanta. On s’assembla. Il se mit à parler : « Hier, vous avez entendu mon chant. Hier, j’étais un chanteur itinérant. Mon talent me vaudrait bientôt d’être adulé à la cour, célébré de tous. J’étais aux bras des plus belles femmes, couvert d’étoffes précieuses et de bijoux étincelants. Voilà pour hier. Aujourd’hui, je me suis vu au soir de ma mort, seul et oublié. Je me suis souvenu des dieux mais j’avais même oublié les prières. Où irait mon âme inconnue des dieux ? Aujourd’hui, je fais pénitence. Je me souviens des dieux. Je ne chante plus la femme et l’or. Je chante la crainte des dieux. » Et il chanta la complainte des morts demandant leur route aux dieux. Le chant était lent mais il entrait dans les cœurs et des femmes laissèrent une larme couler. D’autres, des hommes dans la force de l’âge surtout ne voyaient pas l’intérêt de ces histoires et ils se disaient en eux-mêmes : « Les dieux ont nos pleurs pour nos morts et nos douleurs, ils ont eu des prières, pourquoi faudrait-il se faire misérable pour eux ? »
Le consacré les bénit. Il appela sur l’assemblée et lui-même la miséricorde des dieux : « …Quel cœur est pur devant les dieux ? Qu’on prenne les vêtements de deuil pour nos âmes afin qu’elles trouvent au soir de la vie le juste chemin ! » Un homme se mit à rire. Il était à un jet de pierre de la foule et dans le silence son rire avait fait irruption. Tous les villageois se tournèrent vers lui. Même ceux qui s’étaient dit en eux-mêmes que le saint homme ne parlait pas pour eux le regardaient. Le saint parla plus durement et s’adressant à l’homme, il s’adressa à tous : « Hier, j’ai eu une famille, une femme et des enfants, j’ai été accaparé par les soucis, écrasé par le labeur et à l’heure du repos je me suis diverti comme un autre. J’ai donné toute ma vie à poursuivre du vent. Ma femme s’est défraîchie et une maladie l’a mise en terre, des enfants sont partis, d’autres ont été pris de fièvre, j’ai tout perdu. Hier j’ai bu, j’ai ri parce qu’après les soucis et le labeur, j’en avais le droit mais j’ai tout perdu. J’ai oublié les noms de dieux et ils ont oublié mon nom. Aujourd’hui, je sers les dieux, je suis tout au service des dieux, je n’ai plus rien à perdre, tout est aux dieux. Quel vaniteux pourra déranger ma paix ? »
L’homme qui avait ri se retira. Il salua les uns et les autres de loin, fît le geste de paix et se retira. Le saint homme ne regardait que lui, serrant son chapelet. Un jeune homme s’était hissé à ses pieds et le tira de sa prière : « je veux donner mon âme aux dieux, recevez-moi pour disciple ! » Le saint homme se tourna vers les villageois : « Où sont son père et sa mère ? Qu’ils se réjouissent devant tous, le salut est entré dans leur maison ! Où sont ses frères et sœurs ? Qu’ils se réjouissent, leurs âmes sont sous la protection de leur frère ! Et vous tous réjouissez-vous ! Aujourd’hui ce village a reçu le salut. Tout est venu à la lumière. L’âme noire a ri mais voici qu’elle s’est dévoilée, voici qu’elle a suscité une âme de lumière en témoignage contre elle. Ce village a chassé son âme de noirceur, elle allait attirer le malheur et attiser les haines mais la lumière est venue et la mauvaise âme a été chassée. »
Le consacré les bénit et quitta le village avec son disciple. Ils chantaient la gloire de dieux. Aujourd’hui, dans leur village, ils avaient vu les dieux à l’œuvre. L’éternel combat qu’ils menaient avec les démons avait eu lieu ici au milieu d’eux. Personne ne doit rire de ce qui est saint, le saint homme oublie trop qu’il faut des familles pour que les dieux aient des serviteurs et il faut bien des femmes et de l’or, mais quelle impudence de rire de la sainteté ! On ne rit pas de ces choses. Qui rit de la sainteté méprise au fond les familles et ne respecte pas les propriétés ! Un murmure monta dans la foule, le saint homme avait appelé à chasser l'âme noire du village sinon le malheur viendrait. On se dirigea vers la maison de celui qui avait ri. Il n’était plus là. Lui et sa famille étaient partis. Sa maison était vide. Le murmure s’amplifia. On brûla la cabane, on répandît du sel. Le démon était venu s’installer dans le village. Il en avait corrompu une femme : quels monstres avaient-ils engendrés ? Le saint homme l’avait reconnu et l’avait chassé. On voulait rendre grâce au saint homme, mais on ne le revit plus, lui et son disciple. Le village de ce jour-là reçut sa légende.
Le disciple et le consacré marchaient sur le chemin. Bientôt ils dépassèrent un chariot arrêté sur le bas côté. L’homme qui avait ri était là assis au pied d’un feu. Il tenait la main de sa femme. Alentour, deux enfants s’amusaient. Autour du feu, il y avait aussi une vieille femme. Elle était emmitouflée dans une couverture, elle racontait une histoire, semblait-il ; elle toussotait parfois. Le couple l’écoutait en souriant.
Le consacré ne sembla pas les voir et hâta un peu le pas. Tout en marchant, il instruisit son disciple : « Tu les as vus heureux malgré la parole des dieux. Tu as pensé qu’il y avait là du bonheur. Tu as pensé à la chaleur d’une femme. Tu as pensé aux rires des enfants. Ils n’ont pas entendu les dieux. Demain cet homme qui rit pleurera. La vieille femme mourra demain. » Le disciple fût saisi de craintes, le saint homme avait lu ses doutes dans son cœur. A part le service des dieux, tout était vaine poursuite de vent.
Le lendemain, ils virent de loin cette famille entourant le feu crématoire. Les flammes et le vent emportaient ce corps vivant hier encore. Tous pleuraient. Sur la joue de l’homme qui avait ri coulait une larme. Était-ce sa mère ? Il n’aurait pas dû défier les dieux en offensant le saint homme. Le disciple entendit dans le vent la voix de cet homme à sa femme : « C’est ainsi. Nous ne sommes que le temps d’un passage. Enivrons-nous un peu pour l’Adieu et que ce qu’elle nous disait vive dans nos cœurs. » Le disciple entendit l’acceptation. Le consacré vit le doute et instruisit : « Ils fuient, ils se divertissent, ils se raidissent devant le seul moment où ils pourraient rencontrer les dieux. Prions afin qu’ils puissent être éveillés ! » Le disciple se donna de tout son cœur au chant de son maître et à l’immortalité des dieux. Car eux ne passent pas.
Il y avait des collines ondoyantes. Des arbres drus les paraient, leurs robes de fleurs colorées bougeaient aux vents. Des ruisseaux murmuraient. Les cris des oiseaux s’entrelaçaient dans une mélodie légère. Tout parlait. Le disciple et le consacré allaient, égrenant leurs chapelets, dans l’unique pensée de leurs divines mélopées.
Une pluie fine chatouillait les feuilles. Au détour du chemin, ils virent une hutte encore en construction. L’homme qui avait ri et pleuré réconfortait son enfant chagriné. L’instant d’après ils se mirent à rire tous les deux. Le consacré et le disciple prenaient le chemin de traverse quand la femme fut là devant eux. Non qu’elle était belle mais elle était simplement gracieuse. Elle baissa la tête. Elle les salua selon le rite. Le disciple était troublé. Elle alla vers la cabane. Le consacré frappa le crâne du disciple : « voilà ce qu’il y a sous cette belle peau, le sens-tu ? »
Un des enfants s’en vint derrière eux en courant. Ils avançaient sans se retourner. L’enfant les dépassa et haletant les invita : « Père dit qu’il est temps. Venez partager. » Le disciple entendit son maître répondre qu’ils venaient. L’enfant les précédait. Il allait et venait en zigzaguant devant eux.
La femme se tenait en retrait. L’homme tendit un bol à chacun d’eux. Le consacré bénit la nourriture. L’homme, la femme et les enfants répondirent selon le rite. Ils mangèrent en silence. Les enfants voulaient jouer avec le disciple mais celui-ci était curieux de la confrontation entre le consacré et l’homme.
Le consacré posa la question tant retardée : « Pourquoi as-tu ri en entendant mon discours ? »
« Ton discours n’était pas plus risible qu’un autre mais en voyant la tête de ceux qui l’écoutaient, c’était risible. »
« Comment ? », demanda le consacré.
« Tous laissaient passer le chant de tes histoires pour se reposer un peu. », dit l’homme.
« Qui es-tu, impie, pour juger ? », assena le consacré.
« Je rends hommage aux dieux parfois, je sens et ne juge pas. », reprit l’homme.
Le consacré demanda : « Et comment une parole divine peut-elle assoupir l’âme ? »
Le consacré sûr de sa doctrine se tourna vers son disciple. Celui-ci admit que rien n’échappait au divin, mais que le divin nous avait donné la liberté de l’oublier.
« Pourquoi toujours enfermer le sens des mots et des histoires ? Vivre dans le souvenir d’une histoire même divine, n’est-ce pas oublier de la vivre ? Le don précieux des dieux n’est-il pas ce silence au cœur de nos vies, source intarissable de pensées et d’histoires ? », interrogea l’homme.
Le consacré fut courroucé : « Tu es impie ! Tu ne respectes pas les paroles de la tradition. »
L’homme récita doucement : « Le rêve est divin, l’éveil est divin ; le maître dans son sommeil rêvera des paroles divines afin d’éveiller ; le disciple s’éveillera à l’histoire divine où il rêva les paroles de son maître, dit le sage. »
Le consacré s’adressa au disciple : « viens ! Ne profitons pas d’une générosité dont on ne sait pas le nom ! »
Le disciple n’avait pas bien compris ce dialogue par énigmes. Il se leva. Il sentait que l’homme avait plus de maîtrise que son maître. Tout tourbillonnait en lui. Il voyait les enfants lui demander pourquoi il adorait les dieux sur un arbre mort, pourquoi il n’avait pas vu les collines, pourquoi il ne savait pas écouter les oiseaux et d’autres questions… Eux ils étaient gais mais lui, il souffrait, il avait des vertiges. Il était immobilisé à terre. Leur grand-mère se penchait sur lui voulant lui dire quelque chose ; la terreur de voir la morte le rendait sourd. Il se réveilla, son maître penché sur lui. Il s’était évanoui. Son maître lui montra la couche qu’il avait préparée. Il s’endormit. Le consacré priait les dieux de le protéger.
De nouveau, il rêva, il put entendre cette fois la grand-mère : « Je suis cette histoire. Je suis tous les êtres de cette histoire. Aucun ne se connaît comme moi-même car je m’oublie toujours un peu moi-même en chacun d’eux. J’aime bien l’oubli de moi-même. Dans ce que je suis ici, il y a mes oublis dans les plaisirs, et plus encore dans les diatribes contre les plaisirs. J’aime de temps à autre m’oublier en priant ces dieux de néant que je suis : je me raconte. J’aime aussi à perdre ma pérennité dans les mortels que je suis. C’est toujours un de mes protagonistes qui meurt. Ainsi je meurs et je ne meurs pas. Je meurs avec la mémoire de l’un et je nourris dans la mémoire de l’autre une autre forme de moi-même. J’ai toutes les trames, toutes les aberrations, toutes les fins et toutes les chutes. J’existe et je n’existe pas. Sortie de mon silence, je ne suis que vanités mais qu’est-ce qu’un silence sans histoire ? … »
Il se réveilla, il était temps de finir. Il aimait ces riens que racontait son histoire. Son cœur se porta vers ceux de son village, vers son maître. Pour le moment il serait l’homme qui rit, qui pleure et qui souffre. Il était devenu lecteur de lui-même et de ses vanités.

lundi 5 novembre 2007


POEMES DU CORPS DE LA TERRE. 1.




Sur l'aiguillon du devenir
L'intense densité rapetisse
Seul le silence reste immense
Malheureusement il s'oublie

Les forces divines jouissent d'elles-mêmes
Dans le surplus extatique du corps
dès lors qu'elles y passent

Seul le silence resterait calme intense
Proposition d'égalité éternelle
Toujours disponible


Et si ce silence rompait les amarres
Des distractions compulsives

Il nous resterait ce point d'abandon

Là où le silence s'autorise
Manifeste
En d'intouchables singularités

Partout
Où la sphère univers
Résonne de l'UN
En tous ses points


vendredi 2 novembre 2007


POEMES DU CORPS DE LA TERRE. 2.



Bruines interstitielles
Nuages de folie brillante
Reconnecté à la valeur surpuissante des mots
C'est l'enfant là-bas que je suis

J'ai tout de même emprunté
Le chemin soufi
où au cœur du cœur
du petit prince affublé
se loue
la bien aimée

Car d'ici c'est aussi Toi
que je suis


EXTRAITS DU FUTUR.




A quoi avais-je accès dans mon sommeil ? Ainsi après une nuit particulièrement dense, je notai aux réveils ces deux flash :


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Le meurtre fut proscrit dans un groupe de pays par une convention internationale le 17 juin 2048. Les cerveaux de tous les habitants de ces pays furent dotés d’un système de biocontrôle interne du comportement actif meurtrier. Tout comportement actif meurtrier était spontanément sanctionné par une lobotomie incisive qui assurait l’immobilisation du contrevenant.
Mais on vit apparaître un nouveau type de crime : il s’agissait d’envenimer le rapport de groupe à groupe pour les immobiliser et s’emparer de leurs richesses ou de susciter chez quelqu’un le désir de meurtre pour se venger de lui.
* *
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La fin de l’enseignement traditionnel eut lieu le 31 août 2027. Désormais il semblait plus rentable d’assurer des enseignements à distance. Par le biais des télécommunications, la qualité de l’aide individualisée était accru puisque les possibilités de relation élèves professeurs étaient beaucoup plus ouvertes. Les syndicats anarchistes du corps professoral avait retourné en leur faveur toutes les démarches de contrôle vidéo de leurs cours qu’on leur avait imposé depuis les années 2000. Le contrôle vidéo avait d’abord été institué dans les salles de cours de banlieue afin soit disant de protéger les professeurs contre les agressions d’élèves mais très rapidement les données vidéos avaient servis à estimer la qualité de leur enseignement, les inspecteurs et les administrations de tutelle s’en étaient servis pour imposer leur point de vue aux professeurs. L’année 2026 vit le développement accéléré d’un syndicat néo anarchiste qui trouva un écho plus que favorable chez les parents et les bénéficiaires d’un droit à la formation continue. On assista donc à un immense retournement : tout le système hiérarchique de l’éducation nationale fût mis à bas. Les diplômes furent désormais étalonnés suivant le dialogue des enseignants et de leurs élèves ou des parents d’élèves : les niveaux , les évaluations de compétence n’étaient plus attachés à une politique gouvernementale prisonnière de ses impératifs électoralistes et donc au fond mercantile. Les questions du savoir furent rendus à ceux seuls qui se souciaient du savoir. Grâce à la totale virtualisation du corps enseignant de l’éducation nationale, outre la fin des problèmes de carte scolaire, on était parvenu à la plus parfaite flexibilité des emplois du temps, la fin de l’entretien des locaux scolaires, la suppression des personnels administratifs et d’entretien avaient tout en permettant de baisser la masse salariale de l’éducation nationale permis d’embaucher plus d’enseignants et d’améliorer ainsi considérablement l’offre et la demande. Les travaux pratiques eux-mêmes pouvaient être pratiqués virtuellement. Bien sûr les critères d’avancement étaient eux aussi devenu plus transparents, il concernait les demandes pour avoir tel professeur. Les professeurs sans un certain quota d’élèves étaient relégués hors de l’éducation nationale. Le concours d’entrée à l’éducation nationale consistait seulement à faire la preuve de son niveau de compétence suffisant à un collège de professeurs expérimentés et à dépasser dans un certain délai salarié le quota d’élève requis.
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On était le 4 juin 2008. Toutes ces visions étaient de l’ordre du possible. Elles allaient de l’horreur au plus utopique. Il ne s’agissait pas tant de destin individuel comme chez tout ces voyants ou médium, il s’agissait de notre destin collectif proche.
J’aurai été un auteur de science fiction, ces visions nocturnes ne m’auraient pas troublés car j’aurai su que mon esprit sans cesse pressé de produire des visions du futur aurait pu de lui-même en faire surgir. Ces visions elles venaient comme de nulle part ou plutôt elles semblaient pointer un moi plus vaste, plus authentique. Car ces visions portaient un réel souci de l’avenir collectif quand moi jusqu’ici j’avais toujours considéré l’avenir du point de vue de mon seul avenir personnel. Ces visions avaient donc un goût que je dirai prophétique dans la mesure où elles m’enjoignaient de changer mon regard, d’élargir mon champ de conscience. Ces visions disaient combien mon champ de conscience était accaparé par des considérations égocentriques. Ces visions à la fois si délirantes et pourtant si clairement inscrites dans l’ordre du possible étaient que je le veuille ou non une puissante source de sagesse : elles m’invitaient à me projeter dans l’avenir en fonction de l’avenir même de notre humanité.